Behringer, jamais en reste de produits aussi intelligemment conçus que peu onéreux, commercialise depuis peu une petite gamme de guitares USB. Une occasion de laisser le clavier pour la guitare !
Behringer frappe toujours où on ne l’attend pas, avec une constante devenue son attrait principal : le rapport qualité/prix époustouflant. Bien sûr, on ne peut espérer trouver du matériel haut de gamme avec des prix aussi « étudiés », comme on dit dans le commerce, mais les produits proposés restent dignes d’intérêt, telle cette guitare USB.

Le concept de la guitare USB commence à prendre puisqu’au NAMM de janvier 2007, Behringer propose un modèle de guitare USB destiné au heavy-metal, avec forme agressive, micros à double bobinage, vibrato de type Floyd Rose et accastillage noir. L’iAxe 393, objet de ce banc d’essai, présente une meilleure polyvalence, à la mesure du domaine d’activité de la Fender Stratocaster, la guitare la plus vendue et copiée au monde. La liste pléthorique des musiciens jouant sur cette référence indémodable parle pour elle. On ne s’étonnera pas de trouver un air de famille prononcé entre la référence historique et la petite Behringer.
GUITARE ET ACCESSOIRES
Le carton contient la guitare, mais aussi quelques accessoires importants : un CD-ROM, sur lequel nous reviendrons, mais aussi une sangle, bien pratique que l’on joue debout ou assis, un jeu de médiators, un câble USB, un manuel d’utilisation et une clé de réglage du truss rod, la fameuse tige intégrée au manche qui a pour but de le rigidifier et de modifier sa courbure, le cas échéant. À manipuler avec d’infinies précautions si l’on veut éviter le passage chez un luthier.
Disponible en blanc ou en noir, avec plaque de protection (pickguard) blanche dans les deux cas, cette guitare s’inspire fortement de la fameuse Fender Stratocaster, sans en épouser toutes les caractéristiques, autant pour des problèmes de copyright que de prix. Exit l’aulne ou le frêne de la référence, le corps de la Behringer adopte le tilleul, une essence de bois utilisée par des marques américaines prestigieuses en raison de sa sonorité. Ce corps, recouvert d’une laque automobile vernie, présente deux chanfreins de confort, au dos et à l’arrière, comme son aînée américaine. Le manche en érable, à la finition satinée et vissé au corps, présente un radius (courbure de la touche) confortable et l’on se sent immédiatement à l’aise sur les vingt-deux cases délimitées par des frettes de taille médium. On se retrouve en terrain connu puisque le diapason de la guitare Behringer reprend la norme Fender de 25,5 pouces, ce qui signifie que la longueur vibrante des cordes, du sillet (en haut du manche) aux pontets du vibrato, est de 648 mm.
ACCASTILLAGE
La tête asymétrique, s’inspirant de la Fender sans la copier, présente six mécaniques à bain d’huile, disposées en ligne, qui bénéficient d’une souplesse et d’une justesse satisfaisantes. À l’autre extrémité des cordes, un vibrato autorisera des effets mesurés, à l’image de ce type de guitare. On évitera donc le dive bombing qui consiste à abaisser au maximum la barre du vibrato, sous peine de désaccorder l’instrument. Rien de plus normal puisqu’il ne s’agit pas d’un vibrato de type Floyd Rose, avec bloquecordes au sillet, mais d’un modèle de type vintage, reconnaissable à ses six vis de fixation et à ses six pontets indépendants et ajustables sur deux axes. Tant mieux, car l’action de la guitare est légèrement trop haute, d’origine. On pourra ainsi diminuer la distance entre les cordes et le plan de la touche.
CAPTEURS MAGNÉTIQUES
Le terme « micros », impropre mais couramment utilisé, caractérise les capteurs magnétiques qui équipent la plupart des guitares électriques. L’électronique passive de la Behringer tient sur le pick-guard. Elle comporte donc trois micros à simple bobinage, avec plots apparents, visibles sous les cordes, à la manière des Fender, mais sans en égaler la sonorité. Le niveau de sortie s’apparente à celui des modèles vintage, sans plus. Malgré cela, les micros délivrent un son typique et flûté dans le médium aigu. On notera une bonne réponse dans le registre grave sur le micro manche. Un sélecteur à cinq positions assure la commutation de chacun des trois micros, plus les deux positions intermédiaires : micro manche + micro central, et micro central + micro chevalet. Les sonorités se différencient bien d’une position du sélecteur à l’autre. À l’instar des modèles vintage, cette guitare possède un potentiomètre de volume général, une tonalité pour le micro manche, une autre pour le micro central, sachant que celui du chevalet passe en direct. On retrouve la traditionnelle sortie jack montée sur platine inclinée. Montée dans l’épaisseur de l’instrument, une petite carte USB assure la liaison avec un ordinateur, Mac ou PC. Elle se dote de la traditionnelle embase carrée (ou presque) de type A qui jouxte une sortie de casque stéréo au format 6,35 mm. Une Led bleue s’illumine dès que l’interface se synchronise avec l’ordinateur hôte, sur 32, 44,1 kHz ou 48 kHz en 16 bits. À l’intérieur de la guitare, l’entrée audio analogique de la carte est connectée en parallèle de manière permanente sur la sortie jack. Le son analogique est converti en numérique puis injecté dans l’interface USB. Cette carte active nécessite une alimentation : elle prélève les 5 V nécessaires sur le bus USB de l’ordinateur : on ne s’encombrera pas d’une pile ou d’un adaptateur secteur.

LE CD-ROM
Comme d’ordinaire, le CD dispose des pilotes nécessaires pour les ordinateurs PC sous Windows, tandis que les Mac s’en tiennent à la version plug’n’play, bien plus pratique. Behringer inclut aussi un séquenceur audio gratuit, Audacity, dont on pourra trouver la dernière version sur le site //audacity.source forge.net/. Mais surtout, le CD intègre une version spéciale de Guitar Combos de Native Instruments. L’éditeur propose trois émulations précises d’amplis célèbres : le Fender Twin, le Vox AC-30 et le Marshall Plexi. On peut en choisir un parmi les trois et le déverrouiller en passant par une page spéciale du site de Native Instruments, consacrée à la guitare USB de Behringer. Vous disposez de trente jours pour acquérir, définitivement et gratuitement, l’une des trois émulations d’amplis proposées par Native Instruments pour Behringer. Rien ne vous empêche d’acheter les deux autres pour quelques dizaines d’euros ! Chaque émulation d’ampli intègre un accordeur, un limiteur de dynamique et un noise gate. Mais, par rapport à la version indépendante du logiciel, on s’aperçoit que l’éditeur a concocté une version spéciale pour Behringer. En effet, chaque ampli combo est surmonté d’un magnétophone virtuel, hérité du fameux Guitar Rig, qui peut lire des plages musicales, éditer des boucles avec transposition, tonalité et tempo ajustables, mais aussi enregistrer le jeu de la guitare : parfait pour s’entraîner ! À cela s’ajoute un métronome synchronisable à la volée, au tap-tempo. Mais pas seulement, puisqu’il s’agit de plug-in et pour peu que vous utilisiez un séquenceur audio et MIDI, vous pourrez vous enregistrerautravers de l’émulation d’ampli choisie.
EXPLOITATION
Pour un prix dérisoire, cette guitare polyvalente, plutôt bien finie et confortable remplit parfaitement son rôle en configuration traditionnelle, via la sortie jack. Bien évidemment, elle ne se hisse pas au niveau des références – il s’agit tout de même d’une guitare d’entrée de gamme –, mais elle demeure jouable et juste, pour peu que l’on ne sollicite pas le vibrato de manière outrancière. Behringer insiste sur l’installation des pilotes sur PC, afin de réduire la latence : c’est important de jouer en temps réel ! Connaissant la signature sonore de dizaines de guitares et celle des amplificateurs émulés de manière très fidèle par Native Instruments, je me suis bien amusé à reproduire les inflexions caractéristiques d’une guitare de type Strat passée dans un ampli combo Vox AC-30 ! Le paramétrage reflète celui de l’ampli réel et le nombre de presets mémorisables est infini… Pas cher (car fabriqué en Chine) et doté d’une offre logicielle aussi pertinente que performante, cet instrument trouvera facilement sa place dans tout studio. Les guitaristes ont tous un clavier dans leur home-studio. Pourquoi les claviéristes ne posséderaient pas de guitare ? Avec l’iAxe 393 USB de Behringer, plus d’excuse !
Philippe David .