Présentés lors de l’AES de San Francisco en octobre 2006, les MR ont alors fait sensation. Passé le premier ressenti, analysons plus précisément ce phénomène 1 bit.
Nous avions noté depuis deux ans l’évolution des enregistreurs stéréophoniques de poche. Les premiers modèles testés dans Keyboards Recording nous avaient plus ou moins convaincus, mais l’essentiel était ailleurs : le format d’enregistrement. La question la plus importante aujourd’hui est de savoir s’il s’agit d’une alternative intéressante aux multipistes hardwares et si, d’une façon ou d’une autre, ces enregistreurs stéréophoniques pourraient nous permettre de renouer avec le sound design. Tout d’abord, on peut légitimement se demander si le format d’enregistreur/ baladeur stéréo est bien utile au musicien tant les capacités de nos DAW (Digital Audio Workstation) nous ont écartés des productions simples. Une réflexion semble aussi nécessaire autour des hautes résolutions. En effet, après avoir cherché des fréquences et une quantification réellement supérieures à celles du CD, voilà que nous écoutons massivement du MP3 ! Cette simple incohérence pose la question du choix du format et de sa destination possible. Pour revenir au format stéréophonique, il semblait tout d’abord s’adresser à la captation, pour le reportage, l’audiovisuel, etc. Mais en me remémorant mes débuts en musique, je repensais à ce bon vieux magnétophone à bandes 2 pistes Akai que j’avais récupéré et avec lequel je fis mes premiers enregistrements. Vint ensuite un 2x2 pistes à K7 Fostex : on est très loin de nos standards actuels. Ce qui est flagrant, c’est qu’à cette époque, pour un musicien débutant, ces outils offraient une qualité toute relative et nous indiquaient, par défaut, toute la mesure du chemin à parcourir pour atteindre le son des productions d’alors… Et c’est là qu’on peut considérer que la technologie a levé un certain nombre de verrous technologiques. Depuis le CD, on se contente du 16 bit/44,1 kHz, et plus récemment, du 24 bit/96 kHz, mais existe-t-il autre chose, une autre façon d’aborder l’enregistrement numérique ?

TECHNOLOGIE 1 BIT ?
Historiquement, la technologie 1 bit a été développée par Dr. Yoshio Yamasaki à la fin des années 80 au Japon, et plus précisément à l’université de Waseda. Cette technologie a été brevetée en 1992. La technologie a été ensuite adoptée et utilisée par Sony et Philips pour l’enregistrement DSD (Direct Stream Digital) sous l’appellation SACD, et des produits (DVD audio & CD) sont disponibles dans le commerce depuis 1999. Certes, si, pour des raisons de stratégie marketing, cette norme peine quelque peu à s’imposer, force est de reconnaître qu’elle offre une qualité de restitution nettement supérieure aux autres formats en vigueur. Il s’agit en réalité d’échantillonner à de très hautes fréquences (2,8224 MHz pour le MR-1 et 5,6448 MHz pour le MR-1000). Le MR-1 peut supporter plusieurs formats d’enregistrement comme le DSDIFF, le DSF et le WSD, tous au format 1 bit, ainsi que le BWF (format PCM multi-bit) en résolution jusqu’à 24 bits à 192 kHz et la possibilité de convertir n’importe quel signal présent dans ces enregistreurs numériques en presque n’importe quel format de 16 bits 44,1 kHz à 24 bits 192 kHz, et de WAV, DFF, WSD et DSF. Le MR-1 fait appel pour les conversions analogiques numériques au Cirrus Logic CS4398 et pour les conversions numériques analogiques au Burr-Brown PCM4202 de Texas Instruments.
LOGICIEL AUDIOGATE
Un logiciel compatible PC et Mac baptisé AudioGate (figure 1) permet de transférer les enregistrements 1 bit en format Wav et AIFF (l’inverse est aussi possible). La liaison s’effectue via une interface USB 2.0 et offre une bonne souplesse d’utilisation et de transfert de fichiers. Ainsi, on peut partir de fichiers Wave réalisés antérieurement et les convertir en quelques clics de souris ou trackpad en format DSDIFF, DSF, WSD, etc. Ce logiciel ne permet pas d’éditer les formes d’ondes et se présente plutôt comme un jukebox. Le mode lecture est d’ailleurs assez soigné avec ses possibilités de fade in et fade out ainsi qu’avec sa molette située à côté de la commande de transport qui autorise un balayage d’un fichier pour aller d’un point de lecture à un autre. Nos essais à ce stade ont révélé une très grande qualité de restitution sans aucun bruit additionnel, craquements, artefacts et autres plaisanteries du même genre. L’installation correcte ne s’effectue qu’en présence de l’enregistreur connecté via USB, ce qui fait office de clé de protection. Il s’agit donc ici plus d’un relais visuel que d’un éditeur de formes d’ondes au sens où nous pouvons l’entendre habituellement. Ne jetez donc pas vos Peak, Audiosculpt et autres logiciels du même calibre. Cela dit, les éditeurs au format DSD ne sont pas légion et à moins de posséder une station Pyramix par exemple, complétée par son logiciel d’authoring, on risque de faire chou blanc…

IN SITU
Le micro fourni avec le MR-1 est de type stéréophonique à condensateurs et peut se clipper sur un revers de vêtement ou se poser sur un socle (fourni) et être ainsi positionné face à la source. Le premier réflexe a été d’être prudent avec le format de prises, à savoir deux mini-jacks 3.5 (entrées symétriques) à enficher sur le dessus de l’appareil. D’un point de vue miniaturisation, on comprend aisément ce choix, d’un point de vue plus professionnel, on aurait tendance à naturellement rejeter ce format, car trop fragile. On préférera alors le MR-1000 pour ses préamplificateurs micro basse impédance avec alimentation phantom, ainsi que pour ses sorties au format XLR et RCA. L’ergonomie, très soignée, s’avère bien pensée et on prend vite ses repères entre les commandes en face avant et celles situées sur la tranche droite du MR-1. Le système d’exploitation est assez bien défini et une molette crantée avec validation par pression sur celle-ci nous laisse voyager et paramétrer ce qui est nécessaire au gré des fonctions. En plein soleil l’écran sera difficilement lisible, malgré la qualité de sa présentation, notamment avec les deux bargraphes horizontaux assez précis. Nous conseillons de bien régler la prise et ensuite de bloquer les commandes (position Hold du curseur de mise en et hors fonction). Si on procède à l’enregistrement en mode calibrage automatique, il n’y a pas de raisons particulières de contrôler son écran. En revanche, en mode manuel, il est utile de procéder à quelques tests avant usage. Une fois déterminé le format d’enregistrement, il n’y a plus qu’à… Nous avons comparé la même source de captation avec plusieurs qualités, à savoir 16 bit/44,1 kHz, 24 bit/96 kHz, 24 bit/192 kHz, puis DFF, WSD et DSF. Le résultat est très probant, et ce qui est significatif, un peu comme quand nous avons commencé à enregistrer en 24 bit/192 kHz des sources instrumentales acoustiques, c’est la présence retranscrite parfaitement. On ne fait pas qu’enregistrer une source directe, c’est aussi son environnement acoustique qui vient avec. Nous ne parlons pas ici des bruits environnants mais bien de cette présence, espace de résonance du signal dans un volume donné. Nous avons, pour la circonstance, renoué avec le plaisir du sound design, pas vraiment dans sa forme contemporaine qui consiste à éditer des formes d’ondes issues de banques du commerce, mais bien d’aller à la chasse aux sons, comme on le faisait couramment à l’âge d’or des échantillonneurs hardware. Quel plaisir de partir enregistrer du signal en 24 bit/192 kHz et de revenir pour le transférer directement dans Pro Tools HD. On peut aussi imaginer une captation de Live, à la condition d’envisager le remplacement du micro fourni par un couple appairé plus professionnel. Se posera alors le problème des prises d’entrées sur le MR-1 et nous devrons avoir recours à une paire d’adaptateurs, solution toujours peut satisfaisante d’un point de vue purement pratique. La dynamique générale est impressionnante et nous avons, après de nombreux essais, du mal à retourner en 16 bit/44,1 kHz (résolution 64 fois moins importante que le 2,8 MHz de nos essais). Signalons que le phénomène d’habitude, qui nous fait supporter des heures d’écoutes en MP3 en finissant par trouver cela relativement correct, fonctionne aussi en sens inverse. En écoutant plusieurs heures d’enregistrement DSD, on finit par trouver le reste un peu fade ! Mais comme qui peut le plus, peut le moins, cet outil formidable nous permet de renvoyer tous nos fichiers vers n’importe quelle résolution habituellement rencontrée.

CONCLUSION
Le MR-1 est un bon outil audio. Sa capacité à enregistrer au format 1 bit lui permet de conserver toute la présence d’une captation tout en relevant la dynamique de manière significative. On regrettera l’absence d’entrées/sorties numérique bien que l’USB permette le transfert de fichiers sur la plate-forme informatique. Si le transfert en soi n’améliore ou ne détériore pas un fichier, il autorise de pouvoir accéder à différents logiciels audio numériques. Le format compact du MR-1 le destine à la fois à la prise de son mais aussi au baladeur, car on peut très bien lire des réductions stéréo de sessions, des morceaux en provenance de CD, etc. Outil polyvalent, le MR-1 est à manipuler avec précaution car sa façade argentée semble assez fragile et glissante. Pour une utilisation plus professionnelle et sédentaire, on lui préférera la version MR-1000 en rack en particulier pour sa capacité d’enregistrement à 5,6 MHz et ses entrées/sorties au format XLR/RCA. En somme, le MR-1 est taillé pour la captation mais peut aussi être un auxiliaire utile du Home et du Project Studio. Une simple passe d’un titre fraîchement mixé via les sorties analogiques du DAW et enregistré au format DSD en dit long sur cette résolution d’avenir.
Christophe Martin de Montagu .