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BLACK TV HR ACTIVE, moniteur audio actif

Article paru dans Keyboards Recording n°219

24 juillet 2007

L’allemand EMES conçoit des moniteurs de studio dont les choix techniques novateurs lui valent aujourd’hui d’être distribué en France. Les performances sont au rendez-vous.

Michael Seipel met en oeuvre ses idées dans sa gamme d’enceintes actives de studio. Ainsi, il a développé une gamme cohérente d’écoutes de référence, qui s’assemblent ou fonctionnent de manière autonome, avec ou sans caisson de basses. On retrouve la même famille de sonorités d’un moniteur à l’autre et cette démarche, appelée MODUMO pour MODUlar MOnitoring, intéressera les structures professionnelles qui recherchent de la cohérence d’un studio à l’autre. Concernant le home-studio, une paire d’enceintes suffira, à moins que vous ne mixiez en surround ! Mais surtout, ce poste budgétaire occupé par le monitoring est très important, puisqu’il s’agit du dernier maillon avant vos oreilles, et, selon l’expression consacrée, « la qualité d’une chaîne son ne vaut que par le pire de ses maillons », d’où l’intérêt de choisir avec soin ses moniteurs !

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UNE RICHE GAMME

EMES propose des moniteurs de toutes tailles, dans une fourchette de prix plutôt large. On y trouve quatre modèles de moniteurs : les Pink tv, Violett HR, Blue HR et Black tv HR. Deux caissons actifs de graves, Amber et Amber HR, complètent la gamme. On remarque aussi deux enceintes compactes stéréo, baptisées mini-Owl et Owl-System, ressemblant à des chouettes, d’où leur nom. Mais intéressons-nous aux Black tv HR, qui nous arrivent dans leur quatrième version, riche de dix ans d’améliorations. C’est aussi le seul moniteur de la gamme à posséder un transducteur coaxial, combinant un tweeter à dôme au centre du boomer.

COMPACITÉ

La finition des Black tv HR, en gris mat très foncé, s’agrémente de coins arrondis du baffle et des arêtes du coffret, afin de favoriser l’écoulement de l’énergie provoqué par les réflexions dans la salle d’écoute. Des joncs saillants, réalisés en caoutchouc de synthèse et insérés dans les parties supérieure et inférieure du coffret, empêchent les moniteurs de glisser. De plus, le fait de surélever l’ensemble de quelques millimètres découple l’enceinte de son support, ce qui améliore grandement la restitution et aère le registre grave qui gagne en précision. Le volume acoustique d’une EMES Black tv HR atteint une vingtaine de litres. Le coffret, de dimensions harmonieuses, possède des caractéristiques optimisées pour un bon fonctionnement du haut-parleur de graves, à la compliance étudiée pour fonctionner sous le mode bass-reflex. Justement, un évent placé sur le baffle assure ce rôle de renfort dans la zone de coupure basse du boomer. Le profil évasé de cette ouverture vers l’extérieur du volume acoustique, favorise l’écoulement de l’air sans générer de turbulences néfastes à l’écoute. Cette association entre un tel transducteur de graves et une charge acoustique optimisée favorise une réponse étendue dans le bas du spectre, puisque cette EMES atteint 44 Hz, en local fermé, à seulement 1,5 dB d’atténuation, une performance pour un transducteur de seulement 152 mm de diamètre. Afin d’éviter le fractionnement dans le bas du spectre, le constructeur a choisi une membrane en polypropylène centrée par une suspension en demi-rouleau négatif, lui procurant une bonne élongation.

HAUT-PARLEUR COAXIAL

Si l’idée n’est pas nouvelle, puisque Tannoy a, par exemple, développé ce principe, la réalisation d’un hautparleur deux voies en coaxial n’est pas chose aisée. Là où Tannoy a installé un tweeter à compression, EMES choisit un modèle plus traditionnel, puisqu’il s’agit d’un dôme tissu de diamètre classique (un pouce, soit 25,4 mm) logé à la place du cache-noyau du boomer. Cette disposition concentrique a bénéficié de soins tout particuliers, puisque l’alignement des deux transducteurs s’effectue dans les trois dimensions, afin de se rapprocher du modèle théorique idéal de la réponse en phase. En pratique, cela procure une source ponctuelle de diffusion sonore, avec une excellente spatialisation des éléments de prise de son, surtout ceux qui ont été réalisés en stéréo de phase, dans une acoustique naturelle. Pour les prises en stéréo d’intensité, on gagne également en précision pour le placement électronique des événements sonores dans l’espace, au moyen des potentiomètres panoramiques. Cette cohérence de phase s’exprime aussi dans la précision de la restitution des harmoniques par rapport aux fondamentales et le message sonore retrouve un naturel inégalable, surtout en matière d’enceintes de proximité, d’autant que le constructeur préconise un éloignement maximal de 2,5 m des EMES. Dans ce domaine précis, on se rend compte de la suprématie de la solution coaxiale, et ce en dépit de la difficulté de mise en oeuvre, un tel procédé entraînant, en toute logique, une majoration du prix final de tels moniteurs. Mais quelle cohérence, quelle réponse impulsionnelle et quel son !

ÉLECTRONIQUE

Michael Seipel a choisi deux amplificateurs de puissance égale pour alimenter les deux transducteurs. En fait, les deux amplis sont identiques, la seule différence ayant trait à leurs domaines d’activité respectifs, en deçà et au-delà de la fréquence de transition, fixée à 1 500 Hz, là où le boomer laisse la main au tweeter, grâce à un filtre actif situé en amont des deux sections de puissance. Ce filtre emploie une partie des deux amplificateurs opérationnels quadruples. Les composants passifs respectent une qualité enviable : résistances à couche métal, à 1 % de tolérance, condensateurs au polypropylène ou au polyester métallisé, le tout monté sur un circuit double-face à trous métallisés. En pratique, le fait de bénéficier de deux amplis aux caractéristiques identiques optimise la cohérence sonore quel que soit le volume d’écoute, ce qui est loin d’être le cas de tous les moniteurs actifs. Cela provient en grande partie des taux de contre-réaction qui servent à stabiliser les étages de puissance : s’ils sont différents, la restitution change lorsque l’on fait varier le niveau. Heureusement, ce souci est absent des EMES, grâce à l’adoption d’une paire de modules hybrides TDA7294, polarisés en classe AB. Quasiment indestructibles, ces circuits reçoivent la modulation sur leurs entrées négatives (celles qui conservent le mieux la dynamique). On remarque aussi l’absence de bootstrap, dont le rôle est d’éviter la dégradation dans les basses fréquences du signal. En effet, les EMES sont déjà équipées d’un filtre passe-haut à 30 Hz, ce qui évite d’avoir recours à cette protection. Le faible poids des enceintes est en grande partie dû à l’alimentation à découpage qui fournit l’énergie aux amplificateurs : compact et léger, ce circuit possède un rendement impressionnant, ce qui convient à la restitution des basses fréquences et des transitoires, grosses consommatrices d’énergie.

À L’ÉCOUTE

Les impressions évoquées plus haut méritent un petit développement. Ces monitors bénéficient d’une excellente précision, tant dans l’établissement des notes, la densité sonore que dans les transitoires. En écoutant des prises de son effectuées à partir d’instruments acoustiques, un piège pour les mauvaises enceintes, on se rend compte du caractère naturel qui se dégage avec une aisance remarquable des EMES. La théorie de la source ponctuelle à l’émission n’est pas un vain mot ! Le hautparleur de graves remplit son rôle, en conservant précision et rapidité. La transition à 1,5 kHz ne se fait pas sentir, les EMES font preuve d’autant d’homogénéité que de linéarité sur tout le spectre ! On évitera cependant de trop jouer avec les dip-switches, destinés à corriger la réponse en fréquence dans le haut et le bas du spectre, en fonction du placement des monitors. À ce sujet, on s’abstiendra de les disposer dans les coins de mur, une position qui sollicite des corrections d’atténuation du registre grave, notamment.

CONCLUSION

Certes, ces moniteurs ne se placent pas à la portée de tous les budgets, car cette technologie particulière des haut-parleurs coaxiaux coûte plus cher que la classique séparation des transducteurs. En revanche, un tel procédé possède des atouts, comme la source ponctuelle, le naturel et la précision de la restitution, notamment le respect de la phase entre fondamentales et harmoniques, ce qui accentue la qualité de la dynamique, tout comme une spatialisation cohérente. À écouter absolument !

Philippe David .

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