Devant la pléthore de microphones disponibles sur le marché, audio-technica a su maintenir des produits de haute qualité, innovants, et ce depuis plus de quarante ans. Voici deux exemplaires représentatifs de la série Artist.
Que de chemin parcouru depuis 1962, année de naissance d’audio-technica, par son fondateur, Hideo Matshushita ! Les domaines d’activité de la firme ne se limitent pas à la fabrication de microphones, mais se complètent d’une gamme de casques, de cellules phonolectrices, ainsi que trois modèles de platines, des systèmes HF, divers mélangeurs, des câbles audio, ainsi que de nombreux accessoires utiles. La gamme Artist se situe dans une gamme relativement bon marché, en regard des excellentes performances que l’on remarque, tant dans les fiches techniques que dans les essais en situation. En matière de microphones, la limite haute est fixée, chez audio-technica, à 2 000 euros, avec l’AT4060, un statique à directivité variable (donc à deux cellules électrostatiques) avec préamplificateur à tube intégré. Il s’agit là d’un micro de hautes performances et très polyvalent. Plus spécialisée dans la prise de son instrumentale, cette série se veut particulièrement compétitive et combine une grande sensibilité et la capacité d’encaisser d’énormes pressions acoustiques sans trop distordre. Les valeurs stipulées dans les fiches techniques ont été mesurées pour un taux de distorsion harmonique totale de 1 %. Ces microphones disposent tous d’un atténuateur commutable à -10 dB et aussi d’un filtre passe-haut fixé à 80 Hz, à des pentes variables suivant les modèles.

ATM450
Ce microphone à condensateur, de type « crayon » en raison de sa forme (moins de 13 cm de long, hors connecteur XLR) marque une certaine originalité dans cette catégorie. En effet, ce nouveau modèle à directivité cardioïde est fermé sur l’avant : il fonctionne en mode de prise de son latérale. La grille de protection laisse apercevoir une cellule électrostatique d’un demipouce de diamètre (12,7 mm) disposée verticalement, dans le plan du microphone, à la manière des gros microphones de studio de type « sucette », comme on les appelle vulgairement, mais en plus maniable, du fait de ses dimensions et de son poids de moins de 100 g. La partie postérieure de la membrane est également visible, on remarque même son électrode, au centre. Une inscription « Front » repère la face avant du microphone. Au dos, on remarque le filtre passe haut à 80 Hz, pour une pente de 18 dB par octave et le pad (atténuateur) qui abaisse le niveau de 10 dB, le cas échéant. Les caractéristiques de ce microphone le destinent à diverses applications dans le domaine de la reprise instrumentale. On pense, vu sa forme, à la prise de son des cymbales, soit en proximité, soit en overhead, afin de pouvoir mixer l’ambiance de la batterie avec les sons plus directs de chacun des éléments percussifs. Dans ce cas, il sera préférable d’exploiter une paire d’ATM450 ce qui n’occasionnera pas de ruineux investissement. La finesse de ce microphone lui permet la prise de son d’instruments acoustiques, tels que les bois, les cuivres, mais aussi les cordes pincées, comme la guitare acoustique. Justement, dans ce genre de prise de proximité, le filtre passe-haut trouve là toute son utilité, puisqu’il va ôter la prédominance des cordes les plus graves qui risquerait d’alourdir la restitution. De même, ce filtre passe-haut peut aussi servir à s’affranchir d’une partie gênante du registre grave sortant des caissons de la sonorisation. Car, bien plus vite que le reste du spectre audio, cette portion de l’extrême grave peut perturber une prise de son. Étonnamment fidèle, ce micro fait aussi merveille sur les reprises d’amplificateurs de guitare, en faisant concurrence à l’électrodynamique, l’incontournable Shure SM57, spécialisé dans ce rôle, pourtant. Car, tout statique qu’il soit, l’ATM450 encaisse une très forte pression acoustique. On veille, bien sûr, à décaler légèrement le micro du centre du hautparleur, tout en cherchant le « hot spot », l’endroit où le son sera le plus dense et le mieux défini.
ATM250DE
Autre micro atypique, ce modèle dispose d’un carter beaucoup plus imposant ! Il ressemble à d’autres micros concurrents optimisés pour la reprise d’instruments chargés dans le registre grave, tels que les guitares basses et les grosses caisses de batterie. La similitude entre ces deux instruments se remarque sur l’accord : 41 Hz pour le Mi grave d’une basse à quatre cordes et 47 Hz pour la grosse caisse. Pour assurer la meilleure prise de son possible, il faut, de préférence, une cellule électrodynamique, de fort diamètre. Mais pour une meilleure restitution des harmoniques, d’autant que les bassistes jouent de plus en plus en les mettant en valeur, d’autant plus facilement que les enceintes acoustiques pour guitares basses comportent de plus en plus de tweeters à compression, il faudrait plutôt une cellule électrostatique, qui prolonge la captation des aiguës bien au-delà de ce que peut faire un large diaphragme électrodynamique. On peut toujours associer ces deux technologies en choisissant deux micros distincts, sauf que, dans ce genre de contexte, on va se créer une sorte de filtre en peigne, résultant d’une mauvaise mise en phase des deux capsules microphoniques. C’est dans ce domaine précis où intervient l’ATM250DE, dont le suffixe indique la présence de deux cellules, une électrodynamique à large diaphragme, qui est capable d’encaisser le registre grave le plus profond, mais qui chute à partir de 15 kHz, ainsi qu’une cellule électrostatique dotée d’un demi-pouce, qui est disposée en phase avec la première, et qui, elle, file sans problème jusqu’à 20 kHz, pour un meilleur respect des transitoires et des harmoniques. Ce microphone hybride possède, à sa base, une XLR 5 broches à brancher sur le câble fourni qui se dédouble en deux XLR3 : l’une est repérée pour l’électrodynamique, l’autre pour l’électrostatique. À noter qu’en plus de cette compensation mutuelle des défauts, ce procédé permet le dosage fin entre les deux capsules, traitées indépendamment sur la console de mixage ! Ce microphone convient aussi aux cuivres, notamment une catégorie délivrant fondamentales et harmoniques étendues, à une pression acoustique non négligeable : les saxophones alto, ténors et barytons… N’oublions pas non plus les trombones à coulisse, concernés, eux aussi, par ces paramètres dont semble se jouer l’ATM250DE avec un rare brio ! Comme l’ATM450, il dispose d’un atténuateur commutable à -10 dB et d’un filtre passe-haut fixé à 80 Hz, mais du deuxième ordre seulement (12 dB par octave). Ce microphone convient aussi parfaitement à la reprise d’amplis de guitare, et en particulier dans toutes les formes de heavy metal, où l’on a pu prendre l’habitude d’utiliser des accordages d’outretombe, ce qui a pour effet de charger le registre grave.

BONNE SURPRISE
Conçus, au départ, pour répondre efficacement à des applications bien spécifiques, ces deux microphones apparaissent bien plus polyvalents qu’ils ne le laissaient supposer au départ ! L’ATM450 pourrait même assurer une prise de voix, muni de sa bonnette antivent fournie et le filtre passe haut enclenché. Encore plus atypique, mais non moins performant, l’ATM250DE (attention au suffixe) peut, tout aussi facilement, transcender son domaine d’application initial.
Philippe David .