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NEXSYN, instrument virtuel

Article paru dans Keyboards Recording n°220

04 septembre 2007

NEXSYN, instrument virtuel

Sons de synthèse et bibliothèque de sons se croisent au coeur de ce plug-in généraliste hybride signé KeyToSound. Mais qu’est-ce qui se cache sous cet habillage habilement vintage, voire western ?

Voici un nouveau plug-in qui s’installe dans un marché déjà bien fourni en la matière. Seulement voilà, Nexsyn est l’oeuvre d’une rencontre entre Brian Botkiller (musicien électronique), Jason Wolf (spécialiste produit), tous deux issus d’Albuquerque, et un développeur bien connu : Max Gronlund. Celui-ci avait, en son temps, marqué le monde des instruments virtuels avec Studio 9000 et ses trois modules : Vibra, Stella, Gamma. Le revoilà donc dans une nouvelle aventure au nom de KeyToSound, qui l’amène, entre Danemark et États-Unis, à nous proposer un synthé hybride, alliant la synthèse aux samples, le tout géré par une interface d’édition simple et somme toute très complète. De plus, la compagnie n’a pas omis d’y intégrer une technologie audio propriétaire, passage obligatoire pour tout constructeur qui désire se démarquer des autres.

LA DESCRIPTION ET LE LOOK

En préambule, l’installation s’exécutera en deux temps : d’abord le logiciel, ensuite la librairie de sons fournie par Big Fish Audio, avoisinant les 4 Go, veillez donc à bien faire de la place sur votre disque dur. Dès cette première étape accomplie, une application d’autorisation vous permettra de rentrer le pop code pour acceptation finale. De plus, rien ne vous obligera à être connecté sur internet pour ce faire. Dès l’ouverture, Nexsyn apparaît sous forme de rack affichant des flancs boisés de chaque côté. Toutefois, le design global nous ramène directement dans une atmosphère type western. Seraitelle dessinée ainsi pour nous rappeler les origines d’une partie de l’équipe de KeyToSound, encore une fois basée dans le Nouveau- Mexique ? Entre le logo propre au constructeur et celui du plug-in, une fenêtre centrale affiche le nom du preset actuellement chargé. En cliquant dessus, on alterne entre la page simplifiée (figure 1) et la page d’édition dédiée au preset en question.

MOTEUR AUDIO ET XWM

XWM comme Extended Wave Memory. Il s’agit d’une gestion audio inédite développée par KeyToSound. Le principe réside dans le fait qu’un fichier audio XWM rassemble non pas une mais plusieurs informations, que sont le Key Map des samples individuels, leur tuning, la vélocité des layers pour chaque échantillon, et pour finir les Loop Points (ou points de looping) des échantillons. De plus, la lecture des fichiers XWM s’effectue grâce à deux moteurs audio. Le premier chargera les sons à partir de la RAM, le second du disque dur. Ces deux moteurs peuvent faire l’objet de diverses options. En effet, si l’on clique sur le logo Nexsyn logé dans le haut de l’interface, on accède au cache size utile pour régler la vitesse liée au chargement de chaque preset, mais c’est surtout un buffer qui augmente ou réduit le flux ou encore le streaming du moteur Audio. Il s’agit de la même fonction intégrée dans votre séquenceur, celle-là qui vous permet de réduire le temps de latence à l’enregistrement par exemple. Block Size est une option qui vous servira à définir le volume de données que Nexsyn ira lire directement sur le disque dur sans passer par la RAM. Quoi qu’il en soit, peu importent vos réglages, la gourmandise du plug-in dépendra bien de la puissance du CPU intégré dans votre ordinateur. En dernier recours, si votre CPU se révèle trop juste, il est fortement recommandé de régler le bouton DSP à son maximum de façon à ce que Nexsyn aille chercher toutes les ressources disponibles pour son bon fonctionnement. Sinon, changez d’ordinateur ou bien… n’utilisez tout simplement pas Nexsyn.

LA SIMPLICITÉ DE L’ÉDITION

L’une des grandes forces de Nexsyn repose sur une interface affichant l’intégralité des fonctions d’édition dans un rack compartimenté sous forme de modules. Ici, nous n’avons plus à faire avec de multiples fenêtres de sous édition, car tout est là devant vos yeux ! En clair, il suffit de cliquer sur Effect1, par exemple, pour faire apparaître ou disparaître la fenêtre de ce même effet et ainsi l’activer ou le désactiver, bref c’est un vrai jeu d’enfant ! Si l’on y regarde de plus prêt, Nexsyn peut gérer jusqu’à trois sources sonores simultanées par preset, ou plus exactement trois oscillateurs. Deux types sont à disposition, l’un est issu de synthèse avec l’option classique d’un signal carré, triangulaire, dent-descie, sinus ou encore de toutes harmoniques ou harmoniques impairs. L’autre est issu d’échantillons ou plutôt de sons XWM. À noter que seuls les deuxièmes et troisièmes oscillateurs peuvent supporter un son XWM, le premier n’étant dédié qu’au générateur de synthèse. Justement, qui dit synthèse dit filtrage fréquentiel du son, donc changement de timbre, et c’est bien entendu le rôle des filtres (figure 2). Ainsi, Nexsyn propose cinq types de filtres (passe-haut, passe-bande, passe-bas, stéréo et drive) (figure 3). Il faut savoir que les filtres et les oscillateurs peuvent opérer aussi bien en mode mono que stéréo. Ensuite, les trois générateurs d’enveloppes d’amplitude, de filtre et de modulation exigent chez Nexsyn l’emploi de trois modules séparés et dédiés. Chacun d’eux dispose d’une fonction experte qui vous donnera la possibilité de rentrer à fonds dans l’édition comme le choix des courbes par exemple (figure 4). Quant aux modules LFO (figure 5), ils sont au nombre de trois maximum et vous proposent, de manière individuelle, jusqu’à quinze formes d’ondes différentes. En outre, en appuyant sur la fonction Sync, on calera le taux du LFO sur le tempo du programme hôte. De plus, Matrix, pour matrice de modulation, est une fonction bien connue dans le monde analogique. La fonction tient le rôle de Hub. En clair, vous pourrez tout à fait affecter l’Aftertouch à deux destinations au choix, comme le taux du LFO 1 et la résonance du Filtre 1 par exemple. Ensuite, il vous suffira juste de régler le montant de ces mêmes affectations. Les combinaisons sont nombreuses, tout est quasiment permis, d’autant plus que Nexsyn vous propose jusqu’à six modules Matrix cumulables ! On terminera avec les deux multieffets disponibles, équipés notamment d’un Delay uniquement mono mais synchronisable sur le tempo de votre séquence. Par ailleurs, Nexsyn n’offre qu’un seul choix de reverb. Quant au chorus, il nous semble tout de même un peu juste. En résumé, nous pensons que cette section fait figure de maillon faible comparée à la performance générale du plug-in. Le module Arpeggiator 16 pas est extrêmement simple d’utilisation et surtout clairement affiché. L’option Shuffle permet de programmer la ligne arpeggiée en mode ternaire. Pour finir, on notera qu’il est possible de programmer une séquence suivant les 3 options d’édition disponibles (Pattern, Oct Pattern et Range jusqu’à 4 octaves) le tout sur un tempo pouvant atteindre les 300 battements par minute !

DIEU QUE ÇA SONNE GROS !

La gestion des presets se fait par familles (15 au total) et sousfamilles. On dénombre environ plus de 1 000 presets d’usine. Sachez que Nexsyn est mono-timbral. Dans le pire des cas, si votre CPU est juste, effectuez un freeze des pistes programmées pour charger ensuite un autre preset. À ce propos, il faut savoir qu’utiliser le piano acoustique sur un Mac G4 1,5 Ghz mono processeur vous empêchera d’aligner plus de deux notes consécutives. Encore une fois, si le plug-in est gourmand, c’est parce qu’il délivre des presets de qualité et ils le sont ! D’ailleurs, dès la première écoute, nous avons pu apprécier des sons qui ont du corps, dotés d’une rondeur et d’une chaleur non négligeables ! En revanche, ceux qui recherchent plutôt les timbres brillants et sophistiqués que l’on retrouve dans les machines de marques Korg, Yamaha ou Roland, par exemple, risquent d’être déçus. Ainsi, KeyToSound met à notre disposition une bibliothèque de sons brut de pomme car, à l’instar des vieux synthés américains, ils n’ont guère besoin d’effets pour sonner ! En voici quelques-uns. L’acoustique Piano. Premier Preset proposé. Il se veut rond et neutre tel un piano classique. Il se montre performant dans les basses, très fidèle dans les hauts médiums et aigus. En revanche, il se révèle très médiocre dans les médiums/bas médiums ce qui, historiquement, est assez courant dans l’émulation d’un vrai piano acoustique. Rhodes et Wurlitzer. Le preset Rhodes affiche un son très proche de la réalité, toutefois il ne comporte pas les finesses et diverses particularités que peut afficher un Velvet de AIR par exemple. Le Wurlitzer est, à notre avis, raté. Rock Kit. Le kit de batterie est très acoustique, large et gros. Les deux caisses claires sont proposées avec timbre. Le Kick est enfermé dans une grosse reverb et gonflé à la manière de Led Zeppelin dans « Kashmir ». Les charleston fermés et ouverts sont sans surprises. Les toms sonnent gros et résonnants avec une quantité de release non négligeable. Quant aux crashs, elles sont plutôt « chinese » et décevantes, et la ride ressort plutôt jazz. Les parties cordes. Celles-ci sont bien réussies, mais elles ne concernent que le cello (violoncelle) avec notamment le preset cello-solo ou le violon. Les ensembles de cordes sont autant acoustiques que synthétiques. Si vous reprogrammez le preset Orchestra Strings, vous obtiendrez un résultat aux ambiances filmographiques. Les ensembles de voix. Ils ne nous paraissent pas très inspirés au premier abord. Toutefois, en rentrant à nouveau dans la programmation, on composera des presets somme toute très performants à l’instar de « They’re Dead » placé dans la partie Synth Sounds. Les guitares. On en dénombre trois sortes : acoustiques, classiques et électriques. Tout d’abord, le preset 12 StrGtr démontre une bonne guitare folk mais à 6 cordes et non 12. Celle-ci, sans être extraordinaire, passera bien dans le mixe, à l’image des acoustiques développées dans l’E-MU Proteus 1/XR. La classique n’est pas du tout fidèle à l’originale et s’éloigne même de l’idée que l’on peut avoir de cet instrument. Quant aux électriques choisies, nous n’en aimons pas la couleur. Synth Sounds : Ils se répartissent en plusieurs sous-groupes (arpeggiator, leads, strings, mono leads, fat, pad…). Nous retrouvons à nouveau cette chaleur dans un son qui se révèle énorme (écoutez Monster Dirt) ! Nexsyn nous présente un panel de presets bien connus de tous (La série JX de Roland, la synthèse FM du Yamaha DX7, les sons de l’Access Virus, etc.). De plus, nous constatons une similitude avec la couleur développée dans les Ensoniq VFX/TS 10/12 ou dans les Kurzweil K2000/K2500. Globalement, les sons de synthés n’affichent pas de chichi : ils sont ronds, gros, peu flatteurs dans la brillance et le timbre, mais très efficaces dans le mixe, ce qui au final nous paraît le plus important. Pour finir, si vous ne trouvez pas votre bonheur sur la liste des presets proposés, KeyToSound, à la manière d’un Line 6 avec sa série Pod, par exemple, vous permettra via la touche I-Net de vous connecter à son serveur communautaire et d’aller piocher auprès d’autres utilisateurs de Nexsyn des programmations inédites et personnalisées. Ainsi, cela prouve que ce produit ajoute une corde à son arc : l’interactivité ; bravo à KeyToSound qui va dans le sens de l’histoire !

EN CONCLUSION

Nexsyn est un synthé hybride proposant de gros sons, chauds, somme toute très américains, le tout géré par un traitement audio puissant et innovant. Au final, on en retiendra une couleur sans esbroufe ni artifices, rappelant les grandes heures d’Ensoniq et autre Kurzweil. De plus, Nexsyn pourrait bien évoluer vers un concept de rack à modules, intégrant cette foisci des machines types sampleur ou boîte à rythmes, à la manière d’un Reason. Pour le fun, on notera l’excellente idée d’inclure dans le package l’autocollant Nexsyn. Très kitch mais tellement vintage !

Pierre Emberger .

Tags: Audio-Units , RTAS , VST

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