La série SH traverse le temps avec une constance digne des grandes productions. Après plus d’une année de commercialisation et fort des retours d’utilisateurs, voyons si le SH-201 ne démérite pas de ses prédécesseurs.
Dans sa conception, ce synthétiseur semble répondre au cahier des charges classique d’un synthétiseur analogique. On y trouve des potentiomètres rotatifs et des curseurs linéaires comme au bon vieux temps. On attend de ce type d’instrument des réglages faciles, directs, soit une interaction réelle homme/machine. Si le clavier de 49 touches semble réduit, il met en évidence le côté compact et pratique du SH. Si quelques signes des temps viennent dater ce synthétiseur, comme la prise USB ou encore certaines commandes de façade avec la sélection des formes d’ondes d’oscillateurs, la différence vient principalement du moteur qui n’est autre qu’une modélisation de synthèse analogique. Cet outil se veut simple d’accès, et il l’est, mais aussi complet. Fidèle au principe des gammes, Roland a cependant volontairement limité l’interface de ce clavier. Une seule paire de sorties stéréo, une prise casque, une entrée unique pour pédale, une paire d’entrée stéréo de niveau ligne (RCA) et une double prise MIDI (In/Out). Ajoutons à cela l’USB dont nous parlions plus avant et voilà le tour effectué. Cela dit, nous aurions aimé une double paire de sorties pour gérer en audio les deux timbres jouables simultanément (mode dual ou split) même si on parle ici de deux tones constituant un patch, nous y reviendrons. L’entrée ligne aurait pu bénéficier d’une sensibilité micro, mais d’un autre côté, la cible du constructeur semble suffisamment claire pour comprendre et accepter ces absences. Un mot aussi pour signaler le poids plume du SH-201, qui, débarrassé d’une alimentation interne, pèse à peu près 5 kg.
MODÉLISATION…
Il est évident qu’aujourd’hui, commercialiser un synthétiseur purement analogique revient à s’adresser à une élite fortunée. La modélisation a depuis une décennie apporté une réponse de plus en plus satisfaisante aux utilisateurs désireux de conserver une palette sonore typée analogique. La course aux outils vintage encore en circulation pose le problème du coup souvent prohibitif et du SAV. Alors, s’offrir un synthé qui s’affranchit de ces contraintes et qui propose en prime une liaison avec le monde informatique, pourquoi pas ? Il n’est d’ailleurs pas complexe de modéliser des formes d’ondes analogiques, surtout si on ne se réfère pas à un modèle original particulier. Ici, nous partons du principe d’obtenir un bon synthétiseur analogique, proche, dans sa couleur sonore et son approche d’édition, de la série SH. En ce sens, le but est parfaitement atteint. Bien entendu, la fée informatique étant passée par là, la mémoire embarquée permet d’avoir plus de formes d’ondes, de la polyphonie, un mode dual (ou split) que l’on rencontrait à l’époque sur les plus grosses unités. Carré, Dent de Scie, Triangle, Bruit Blanc, Pulse, PWN, Super Saw, alimentent donc chacun des deux oscillateurs par voix. LFO (X2), filtre, enveloppe de filtre, de VCA (nommé ici AMP pour Amplifier) et de pitch (située à la racine des oscillateurs), effets (réverbération et délai) complètent la structure des timbres. Dommage que le constructeur n’ait pas eu envie de nous offrir son Chorus, qui équipait notamment la série Juno. Ce qui posait problème lors des premières tentatives de modélisation (rappelons-nous le JP-8000), c’était le désagréable effet d’escalier dans des mouvements rapides de changement de valeurs. Un de nos tests à donc consisté à vérifier ce principe, qui pour le SH-201 est inexistant. Point d’artefact pendant les modifications, même extrêmes, des valeurs des différents modules.
PALETTE SONORE
2X32 patches, c’est peu et beaucoup à la fois. Quand nous sommes face à un instrument typé et calibré pour ne jouer que dans un certain registre, c’est largement suffisant. Non pas que la palette sonore du SH-201 soit réduite, bien au contraire, mais ici, on joue la simplicité. Exit donc les kits rythmiques, les formes d’ondes échantillonnées d’instruments classiques, les clones d’autres instruments électroniques. Nos premiers essais ont révélé une assez bonne précision des réglages et des interactions entre les différents modules. Par contre, une saturation légèrement excessive intervient dès qu’on monte le volume, comme si un effet venait volontairement salir le son. Rassurezvous, cela ne vient pas du mode Overdrive disponible sur le module d’amplification. Nous avons donc programmé nos propres timbres pour vérifier ce phénomène, qui, au final, semble plus lié à un problème de calibrage du préamplificateur interne. On peut même aller jusqu’à soupçonner benoîtement le constructeur de se contenter de cela, incitant les bidouilleurs de sons et autres cambouis à apprécier le SH-201 pour son côté parfois un peu sale ! Comme le SH reste un synthétiseur très ergonomique, on ne sera pas perdu en regardant la face avant et même un débutant prendra plaisir à manipuler les différents paramètres proposés. Le filtre à 12 ou 24 dB passe-haut, passe-bas et passe-bande est assez efficace et on peut aussi attribuer une mention aux deux LFO, fort complets. Les réglages d’enveloppes nous ont paru moins convaincants dans leur précision et c’est après plusieurs essais que nous sommes parvenus à obtenir les enveloppes souhaitées. Le principe des curseurs linéaires de course assez courte n’est certainement pas étranger à ce phénomène, d’autant que la sérigraphie brille parfois par son absence et il faut pour l’enveloppe de VCA, par exemple, deviner des rainures gravées dans le plastique de couleur noire… Un des atouts supplémentaires du SH-201 réside dans sa capacité à recevoir et à traiter un signal externe via la paire d’entrée de niveau ligne. Non content d’acheminer ce signal dans le SH-201, ce dernier offre un module spécifique baptisé Audio Filter. La sérigraphie rouge évite toute confusion avec le reste des paramètres du SH. Ce filtre est du même type que celui décrit cidessus, à ceci près qu’il offre un mode Notch en sus et est dépourvu de paramètre Key Follow. Le traitement est assez efficace et on peut aussi utiliser le SH-201 comme un super remixeur de fichiers stéréo se basant sur des effets, un peu à la manière des pads d’une certaine marque concurrente. Avouons-le, nous nous sommes bien amusés avec le SH-201 et le plaisir de fabriquer simplement des sons analogiques via la synthèse soustractive est un intérêt qui ne se dément toujours pas, malgré l’ancienneté du concept. La modélisation sait se faire oublier, sauf peutêtre dans le registre des basses, qui ne sont pas tout à fait aussi percutantes que celles d’antan. Comme les sorties audio, les mixeurs, les écoutes ont considérablement évolué aussi, il est difficile de porter un jugement définitif sur ce thème.
ERGONOMIE HARDWARE ET LOGICIELLE
Le SH-201 est bien pensé et agréable à travailler et à jouer. Les potentiomètres rotatifs de la face avant nous rappellent ceux des TR-606 et TB-303, le couple infernal Roland. D’une certaine façon, on constate qu’il y a peut-être trop de boutons sur une surface aussi réduite, mais qu’importe le flacon… Le D- Beam, devenu générique sur tous les contrôleurs Roland, prend tout son intérêt avec une palette sonore analogique et invite à la sculpture sonore en temps réelle. Les nombreuses Led qui accompagnent les réglages sont les bienvenues et nous renseignent parfaitement sur l’état des potentiomètres et autres boutons de fonction. Les réglages se sont avérés, tout au long de ce test, précis et sans surprises. Ce qui a été déterminant, c’est plutôt le parallèle entre l’accès direct hardware et sa réplique logicielle. En effet, l’ergonomie software l’emporte en efficacité et simplicité d’accès. Par exemple, avec le logiciel d’édition (PC et MAC) fourni (figure 1), on visualise simultanément les deux oscillateurs et leurs formes d’ondes associées, contrairement à la façade hardware, qui propose une bascule entre l’oscillateur 1 et l’oscillateur 2. En revanche, il n’y a pas mieux que de régler une enveloppe à la main, avec des curseurs linéaires sous les doigts, alors qu’à la souris, au secours ! À ce stade, la combinaison, via le laptop, du hardware et du software a ouvert d’autres perspectives de création sonore et aussi en ergonomie, réunissant le meilleur des deux mondes. On notera aussi que des drivers spécifiques permettent au SH-201 d’apparaître comme un VST et aussi de servir d’interface audio via sa paire d’entrées ligne RCA. Au-delà de la synthèse et des 32 ticulièrement développé et offre en prime pas moins de 32 motifs. Notons que cet arpégiateur est entièrement programmable via le logiciel d’édition (figure 2). Nous avons trouvé aussi un séquenceur MIDI à une piste, à considérer donc comme un blocnotes musical. L’action des divers contrôleurs, à savoir Pitch Bender et D-Beam, est efficace bien qu’une fois de plus, nous pensons que le positionnement du D-Beam au fond de la surface de travail, n’est pas un bon choix. À partir du moment où il est verrouillable, il serait plus approprié de le trouver à proximité de la molette mixte de Pitch/Bender. De cette façon, la main gauche pourrait interagir sur un ensemble de paramètres en temps réel (filtre, bender, LFO simultanément)… L’écriture d’un patch reste extrêmement simple et permet de rapidement se constituer une palette personnelle. Petite restriction côté MIDI : si le SH-201 est bien bitimbral, sa structure est en fait composée de deux tones qui forment un seul et même patch et dans ce cas, il n’y a pas dissociation de canal MIDI. C’est dommage !
CONCLUSION
Sans être révolutionnaire, le SH- 201 s’inscrit néanmoins dans la pérennité de la série. Certes, on pourrait débattre de la pertinence de la modélisation en lieu et place de composants analogiques et les puristes risquent de grincer des dents. Cependant, rappelons que pas mal de synthétiseurs dits « analogiques » sortis ces dernières années sont principalement motorisés par de la modélisation physique de modèles analogiques. Cette approche répond globalement aux mêmes critères que des modèles originaux, à ceci près que le côté aléatoire des outils d’antan est très atténué pour ne pas dire inexistant. Ce que nous considérions à l’époque comme un défaut, une contrainte, est devenu au fil des décennies une marque de qualité ! Ce côté approximatif explique en partie l’engouement pour les vintages en tout genre. Pour autant, le SH-201 n’a pas un son trop clean et cela milite en sa faveur. Nous y avons retrouvé cette couleur Roland si particulière qui fait de sa production sonore des timbres puissants, dynamiques et en même temps légèrement saturés. Les timbres du SH-201 sont issus de banques classiques et nous n’aurons aucun mal à rester dans l’esprit de la série SH. Les réglages simples et la façade ergonomique font du SH-201 un synthétiseur à part entière assez polyvalent pour sa catégorie. L’apport de l’informatique via les logiciels fournis et la présence de l’USB ancrent cet outil musical dans l’air du temps.
Christophe Martin de Montagu .