IK Multimedia décline son fameux Amplitube à la sauce Hendrix. La renaissance de pédales et d’amplis mythiques est au programme de cette nouvelle mouture.
Amplitube Jimi Hendrix est proposé sous forme d’application autonome et de plug-in pour séquenceur audio. Sont éligibles les formats RTAS (ProTools), VST (Cubase) et AU (Apple). Le programme est librement utilisable durant 10 jours à partir de son premier lancement. Sans enregistrement au terme de cette période d’essai, un bruit blanc est émis régulièrement sur les sorties audio. Pour activer le programme, il faut créer un compte utilisateur sur l’espace dédié du site de l’éditeur. Dès lors, il devient possible de s’y connecter à partir du programme. L’entrée du numéro de série permet de générer un second numéro (ID) permettant d’identifier la machine sur laquelle tourne Amplitube. L’autorisation est alors fournie en ligne (ou via courrier postal) par IK Multimedia, sous la forme d’un 3e numéro. Si la procédure paraît complexe, elle se passe sans encombre dans la réalité. Avant de pouvoir lâcher les premiers riffs, il convient de désigner le système audio à utiliser avec AmpJH. Sur Mac, les entrées ligne audio intégrées font l’affaire en absence de carte son, si le signal issu de la guitare est correctement préamplifié (table de mixage, préampli hardware, etc.). Sinon, il faut utiliser les entrées adaptées d’une carte externe ou le système Stealthplug du même éditeur. Les sorties sont librement assignables, toujours en fonction du matériel à disposition. Fréquence d’échantillonnage et latence sont les derniers ajustements à réaliser. Audelà de 256 Ko de taille de buffer, un délai de réponse entre le jeu produit et le son restitué se fait sentir. Une valeur trop basse conduit à l’obtention de craquements audibles dans le système d’écoute. À équilibrer donc !
LE HAUT, LE BAS ET LE MILIEU
La partie supérieure héberge le SpeedTrainer, le lecteur audio intégré. Selon l’humeur ou les circonstances, il est possible d’y charger une boucle (points d’entrée sortie ajustables) ou un play-back entier au format MP3, WAV ou autre. Volume, tempo et tonalité sont ajustables, dans les limites du raisonnable, bien entendu (jusqu’à 30 % des valeurs nominales, environ). Un métronome vient compléter l’offre pour le travail purement technique de l’instrument. Tout en bas est regroupé l’essentiel des contrôles visuels : vumètres de niveau d’entrée guitare/sortie générale (Master), rappel de l’accordeur (note courante et son écart de hauteur) et valeur du paramètre en cours d’édition. Un bouton d’appel aux préférences permet de décider de l’utilisation du suréchantillonnage des différents modules composant AmpJH. Si l’ordinateur hôte l’autorise (risque de surconsommation processeur), il convient d’activer toutes les options pour optimiser le rendu audio. Un réducteur de bruit, sommaire mais efficace, et un volume/pan des différents modules composant la chaîne d’amplification complètent la panoplie. Notons encore une paire de boutons destinés à faciliter la navigation entre ces dits modules, pas forcément très utile, la fonction étant disponible ailleurs. La partie centrale accueille l’un des cinq éléments d’AmpJH. L’accordeur est représenté par un large rack, gradué en cents, et doté d’un afficheur très visible. Il peut rester en permanence dans le circuit guitare et fonctionner en mode silencieux. Le coeur du son est constitué par l’un des quatre modèles d’amplis proposés (figure 1) : le British Lead, basé sur un Marshall 59 JTM100, et les trois American Vintage B, T et D, repris respectivement sur des Fender Bassman, Twin Reverb et Dual-Showman. Tous les contrôles équipant ces têtes sont répartis de manière identique afin de focaliser la concentration du musicien sur le son. Outre les réglages habituels, on note la présence d’une réverb à ressort, bien utile dans certains cas. Sept types d’enceintes (2x12, 2x15, 4x12 ouvertes ou fermées) assurent la diffusion du son. Cinq types de micros (dynamique, statique et à ruban) ont été modélisés sur les fameux Neumann, AKG, Shure ou Beyerdynamic pour simuler la reprise du son.
CÔTÉ SON
Les ingénieurs d’IK ont mis en place un simple mais astucieux système de présélections : les modélisations sont organisées en deux banques, dont l’une se base sur trois albums du Voodoo Child : Are You Experienced, Axis Bold As Love et Electric Ladyland. Les Presets s’appellent depuis chacun des morceaux d’un album, puis selon le découpage utilisé au sein même du titre (intro, solo 1, 2, riff, etc.). Les spécialistes iront directement y puiser le son désiré, les autres les feront défiler jusqu’à trouver l’élu de l’instant ou s’orienteront vers la seconde banque, classée par sons d’amplis et d’effets. Bien entendu, rien n’est figé puisqu’il reste possible de tout rééditer et sauvegarder dans un préréglage utilisateur. AmpJH plonge le guitariste auditeur éditeur dans les seventies, l’époque où le son de guitare s’inventait tous les jours. Même le souffle a été conservé ! AmpJH restitue des grains très particuliers, surtout sur les sons saturés. Parfois criards, nasillards, étouffés, lointains ou très présents, stridents, le résultat ne laisse jamais indifférent. Une réécoute rapide de certains de titres originaux confirme cette impression : l’esprit du maître est bien là. Le jeu de pédales d’effets modélisés y contribue énormément, Hendrix ayant été un précurseur de leur utilisation. Au menu : Uni-Vibe, Vox Wha, Fuzz Face ou Opto-Tremolo, autant d’objets introuvables introduits pourtant dans ce rig virtuel (figure 2). Leurs réglages sont rudimentaires, rarement plus de deux par pédale, mais leur effet sur le son immédiat. L’émulateur de l’Univox est particulièrement réussi. Il distille un effet de chorus et de HP tournant proche du son d’une Leslie. Spectaculaire ! Pas moins de cinq pédales Fuzz sont proposées. Elles ne font pas vraiment dans la dentelle, les sons fournis étant pour le moins puissants. Difficile d’obtenir des saturations douces du type overdrive. Dommage, car cela limite le champ d’action du programme. Dommage également que le pilotage via MIDI de certains paramètres de AmpJH ne soit disponible. Ne serait-ce que pour la Wha- Wha… On ne pourra donc l’utiliser qu’au travers de control change via un séquenceur audio et MIDI, un comble pour un émulateur de sons de guitare. Dernier point à charge, la consommation processeur. Celle-ci oscille de 25 % sur un Macbook Pro 2.16 à près de 50 % sur un G5 bipro 1.8, à vide ! Un phénomène d’autant plus bizarre que la version Live d’Amplitube n’indiquait rien d’excessif sur ce point.
PERSONNALISATION DU GRAIN
Histoire de sculpter un peu plus la matière sonore, IK complète le rig d’un quatuor de racks d’effets (figure 3). S’ils ne peuvent influer directement sur le type de sons générés, ils apportent un plus évident quant à la personnalisation des présélections. Les sections HP tournant et réverb stéréo sont particulièrement efficaces et bienvenues dans le cas de la seconde. En effet, on peut se lasser rapidement du grain spécifique de la réverb à ressort proposée dans chaque tête d’ampli. Au final, cette version d’Amplitube comblera sans aucun doute les fans d’Hendrix et les amateurs d’effets vintage introuvables aujourd’hui. Pour un usage plus généraliste, les guitaristes devront s’orienter vers la version live d’Amplitube, moins chère et pilotable en MIDI, ou vers Amplitube 2, plus onéreux mais plus complet.
Eric Chautrand .