DJ Style : Qu'est-ce que le Hrtk SystM ? Qui sont les membres actifs du collectif ?
Heretik : Heretik ? Un joyeux bordel. Des musiciens, des activistes, des graphistes, des techniciens, des poètes, des épicuriens... Un sound-system, des labels, des vinyles, des fêtes, de la production, du web. Une bonne équipe bien barrée, blindée de gens super différents. Des rigolos, des pas drôles, des calmes, des agités. Que du bonheur ! Les plus connus sont Noisebuilder aka Sam Gust, Popof, Beuns aka Elektrobugz, Rokette77, Stalker et Signalelektrik. Pardon pour les autres. Mais on ne serait pas grand-chose sans tous ceux qui nous ont aidés...
Pouvez-vous revenir sur vos dix ans de carrière ?
Il y a trois périodes, assez différentes. De 1996 à 1998, on est gamins, rebelles, on a le feu au cul. On monte le sound-system et on est de tous les coups, on fait des free plusieurs fois par mois, seuls ou aux côtés d'autres orgas comme Furious ou TNT. Premiers disques vinyles, premières embrouilles avec les flics, on est parmi les plus trash de la scène de l'époque. De 1998 à 2001, le mouvement free a pris de l'ampleur, nos fêtes réunissent plusieurs milliers de personnes, on essaye d'introduire des spectacles, de la vidéo. On est à fond sur notre concept d'attentats et de revendications. On fait la première grosse rave illégale dans Paris intramuros, Pure Undergronde, sous Bercy, en 1999, avec comme leitmotiv « plus c'est gros, plus ça passe ». On sort notre premier CD, Power Mode, on joue en clubs aussi, on produit des dizaines de vinyles. En avril 2001, avec De Charybde... en Scylla, on envahit la piscine Molitor, en plein XVIe, avec 5 000 personnes. Un mois plus tard, la loi sur la sécurité quotidienne sonne le glas des free parties. De 2001 à 2006, on continue de chercher des failles pour nous permettre d'organiser des événements alternatifs. C'est une date par an, comme Tekno is beautiful, par exemple. Énorme : 10 000 personnes, avec des décors, des spectacles pyrotechniques. On commence à tourner à l'étranger, on joue sur les festivals, des projets solo voient le jour, on se penche vers d'autres styles de zik, plus électro, house ou downtempo.

Individuellement et en groupe, comment vous considérez-vous : DJ, compositeurs, producteurs, musiciens, artistes, activistes, « terroristes sonores » ou tout ça à la fois ?
En groupe, on est tout ça à la fois. Et surtout, on s'attache à ne pas suivre de doctrines, de pensées toutes faites : Hrtk, c'est « ne souscrit pas à la doctrine établie ». Les milieux alternatifs ne sont pas forcément très ouverts et tolérants par rapport au comportement de ceux qu'ils ont choisis comme porte-étendards. On a choisi de ne pas se cantonner à l'underground, d'être partout où on avait envie d'être : clubs, free, festivals ou autres. Où qu'on soit, Heretik fout le bordel. Après, individuellement, les personnalités sont très différentes. Ce n'est vraiment pas la pensée unique. Certains sont plus activistes que musiciens, d'autres le contraire...
Quels sont les créateurs de votre panthéon ?
Sans aucun doute, pour l'esprit ou la « vibe », les premiers sound-systems itinérants, Spiral Tribe, UFO ou les Teknocrates. Mais aussi des compagnies comme Mutoid Waste, Royal Deluxe ou le Grand Magic Circus de Savary. En termes de musique, c'est selon chacun, pour l'électronique, de Aphex Twin à Marc Arcadipane ou David Carretta !
Après moult « attentats sonores » comme Bercy, Molitor, Alice & Chevannes, pourquoi la Z11 ?
Ça n'a pas été une décision facile. On aurait pu faire un crash-test, une dernière free illégale, faire les kamikazes. On y a beaucoup pensé, on n'en était pas loin - un énorme projet pirate avorté l'année dernière. On a toujours été mégalo. Quand c'est énorme, dur, trop gros pour nous, on adore. Et on fonce. Et le Zénith, c'est big. Mais c'est aussi l'occasion de pouvoir préparer longtemps à l'avance, réunir tous nos potes, sortir tous les fantasmes qu'on n'a pas pu réaliser en free. En même temps, c'est une sorte de consécration pour toute notre équipe, on est sorti des bois pour arriver au Zénith, ça porte bien son nom. Et toujours nous-mêmes, en autoprod, contre vents et marées. On rêve encore.
Ce dernier coup d'éclat et cette ultime révérence sont une manière de partir au top. Cela annonce-t-il la dissolution d'Hrtk ou la réorientation du collectif vers de nouveaux projets ? Dissolution ? Fin ? Pas vraiment. C'est la fin d'une époque. Et peut-être, pour nous, la fin des gros événements. Au niveau de l'orga, on va faire une bonne pause, c'est sûr. Mais on ne va pas quitter la scène ni la musique. On continuera à faire des choses ensemble, sans aucun doute. Il y a d'autres projets qui se développent, des envies de changer de carcan.
Ce dernier coup d'éclat et cette ultime révérence sont une manière de partir au top. Cela annonce-t-il la dissolution d'Hrtk ou la réorientation du collectif vers de nouveaux projets ?
Dissolution ? Fin ? Pas vraiment. C'est la fin d'une époque. Et peut-être, pour nous, la fin des gros événements. Au niveau de l'orga, on va faire une bonne pause, c'est sûr. Mais on ne va pas quitter la scène ni la musique. On continuera à faire des choses ensemble, sans aucun doute. Il y a d'autres projets qui se développent, des envies de changer de carcan.
La Z11 s'annonce comme une belle orgie technoïde. Que va-t-il se passer?
L'idée, c'est de synchroniser toutes les disciplines de notre monde, de mettre en oeuvre toute notre machinerie, ensemble. Concerts, visuels, spectacles, décors, performances, live acts, lumières, DJ... Un chaudron énorme, exubérant. Faire aussi un clin d'oeil à nos dix, onze années en invitant la plupart de ceux avec qui on a partagé des choses. Que ce soit du hip-hop avec Svinkels ou AMS, du cyber punk avec Punish Yourself, de la fusion avec Fast Forward, de l'électro avec le collectif Flavor Freaks, du hardcore avec Manu le Malin, des spectacles avec Circus Road System, Juliette Dragon ou le Cirque Électrique, des décors avec Kroll... En même temps, au niveau orga, technique, on retrouve nos vieux potes, TNT, Mas I Mas (cachés sous Neo Pop Art) les Troubles Fête qui organisent avec nous. Tout, dans le projet, est démesuré... Come and see.
Micha Lüdtke
Z11, 10 février 2007, Zénith de Paris, www.z11.fr
Le matériel d'Heretik
Popof : Cubase, NI Reaktor, compresseur à lampes Mindprint, contrôleur Edirol UR80, Roland TB-303
Beuns aka Electrobugz : Cubase SX, contrôleurs MIDI Behringer BCF2000 et BCR2000, interface MOTU 828 mkII, multieffet Digitech Quad, console Mackie et vodka ananas
La play-list de Popof
- Marc Houle « Bay of Figs » (Minus)
- Sebastian « Smoking Kills » (Ed Banger)
- Motor « 1X1 » (Novamute)
- Audion « Mouth to Mouth » (Spectral Sound)
- Adam Beyer « Awc Part II » (Plus 8)
- Uffie « Hot Chick » (Ed Banger)
- Sebastien Leger « The Bug EP » (Pickadoll)
- Gabriel Ananda « Kookaburra Rmx » (Trope)
- Umek I Am Ready EP (Astrodisco)
- Lemon 8 « Model 8 » (Plus 8) .