Manu le Malin, DJ hardcore s'il en est, n'est pourtant pas un obsédé du BPM. Il penche plutôt vers la construction musicale via la digestion d'influences multiples. Un cérébral...
DJ Style : Qu'est-ce qui t'a donné envie de devenir DJ ?
Manu le Malin: J'ai toujours aimé la musique. Les platines, j'y ai touché super jeune, sans deviner que j'allais faire ça. Au début des années 90, on m'a emmené dans une rave et ça m'a scotché. J'ai acheté des disques, j'avais une platine sans pitch, je faisais plein de cassettes et, au fur et à mesure, j'ai acheté une platine avec pitch et une table de mixage digne de ce nom. J'allais dans les soirées avec ma petite sacoche. Je faisais plein d'afters du côté du pont de Tolbiac et ensuite, il y a eu la Tribal No Limit au Bourget. J'ai commencé et terminé la soirée : deux sets, ils n'arrivaient pas à m'arrêter (rires).
Comment te considères-tu? DJ, producteur, artiste ?
Je suis DJ, c'est clair, et producteur aussi, même si je sors un truc tous les dix ans. Le fait de mixer des disques tous les week-ends me rend assez autocritique. Avant de m'enfermer chez moi pendant neuf mois comme pour Fighting Spirit, je suis assez mental, je réfléchis beaucoup. Je ne me prends pas la tête sur ce que je suis. Ce qui m'intéresse vraiment, c'est ce que je fais !

Sur scène, quel matériel utilises-tu ?
Les platines Technics, c'est très bien. La plupart du temps, je mixe avec des Pioneer DJM-600. Je m'amuse beaucoup avec les effets. J'avoue avoir une préférence pour la Numark 5000fx, avec laquelle j'ai réalisé Biomechanik 3, qui est plus ergonomique que la Pioneer, plus rentre-dedans. Pour les platines CD, je trouve que les CDX (Numark) sont mieux qui les CDJ (Pioneer). J'ai ce qu'on me donne, même si je suis en partenariat avec Numark. Pour les cellules, j'utilise des Ortofon Concorde Elektro.
Et dans ton home-studio ?
Old school : pas de plug-in mais Cubase. Et autour, une Mackie 32, une TR-909 (Roland), des compresseurs, un processeur d'effet DP4 Ensoniq, des synthés vintage, un sampleur Akai S 3000...
On te classe souvent dans la catégorie hardcore, comment définis-tu ton style musical ?
Je suis un DJ hardcore, même si je joue plein d'autres trucs sous d'autres noms (The Driver, DJ Outlaw). Quand je fais les soirées All Night Long au Rex, je ne joue pas sept heures de hardcore, mais aussi du hip-hop, de l'électro, de la techno, de la jungle... Je mixais de la trancecore au départ et il y avait déjà l'aspect core, c'était la grosse période de tous les labels: les Overdrive, les Bonzai, ArtHouse...
Le hardcore, c'est quoi ?
Les choses qui font mal, qui prennent aux tripes. On a tendance a croire que le hardcore, c'est la course au BPM. Ce qui me différencie des autres DJ, c'est que je joue plus lent. Je porte plus d'attention à l'atmosphère de la musique, à la manière dont je vais la mettre en place autour des platines.

Quelles sont tes influences musicales ?
En chanson française, Barbara, Gainsbourg, les gens qui dérangent. Plus proche de mon répertoire : Aphex Twin, Speedy J. À côté, j'écoute des trucs qui tachent, genre Slipknot, Korn, System of A Down. Je suis une véritable éponge. Un artiste, c'est un sampleur. Je me nourris de tout ce qui se passe dehors et je recrache après. Tu dissèques et tu recolles à ta manière.
Ton actualité ?
Je bosse sur un mix des Béru avec Lunatic Asylum. Ça fait partie d'un projet de remixes des Béru. On a choisi un des morceaux les plus lents, permettant de faire des effets de dub sur les voix. Ça fait quatre jours qu'on est dans le home-studio de Guillaume et on s'éclate.
Ton meilleur souvenir en soirée ? Le pire ?
Le week-end dernier, j'ai joué dans un truc qui s'appelle Nightmare in Rotterdam. Je me souviens avoir eu les posters de ces soirées en 1992, avec Freddy Kruger, tous les Lenny Dee, Paul Estac, Neo Fight... C'est le souvenir le plus frais. Plus lointain, la rave des Heretik à la piscine Molitor, un des trucs les plus classes... Le pire ? Quand je me suis fait taper ma table de mixage à Astropolis.
Préfères-tu jouer en free party ou en club ?
Peu importe, j'aime bien les petits trucs serrés où ça suinte, où les murs dégoulinent, et j'aime bien le plein air aussi. Pendant des années, j'ai joué dans des free avec les Psychiatrik, Technocrates, TNT, infraBass, Heretik... Faire des trucs qui me font kiffer tout le temps, free ou pas, dedans ou dehors.
micha@flu-o.info
Manu le Malin Biomechanik 3 (UWe) .