Beck
KR : The Information, votre nouvel album, est un disque très rythmique et essentiellement basé sur les beats, comme si vous poursuiviez la quête du groove ultime.
Beck : The Information bénéficie d’une très grosse influence hip-hop, avec des titres uniquement basé sur des grooves différents. Au départ, cet album devait être un disque 100% hip-hop, mais tout a changé quand je me suis mis à écrire des textes et chanter sur les instrus. Je voulais que les beats changent toutes les 60 secondes sur toute la durée du disque, mais on a fini par conserver uniquement les 20 beats les plus pertinents. Une fois terminées les parties instrumentales, nous avons gravé les chansons sur un vinyle, et un DJ est venu ensuite scratcher des parties de chansons par-dessus d’autres chansons, ce qui a encore engendré de nouvelles idées de breaks. Même si les chansons de The Information ne sont pas purement hip-hop, l’approche reste hip-hop.
Cet album est-il lié à Guero, son prédécesseur ?
Oui. Certains titres de The Information comme « Cellphone Dead » ont été composés en même temps que des morceaux « Black Tambourine », « Girl » et « Hell Yes » sur Guero. En fait, l’enregistrement de The Information a démarré il y a à peu près trois ans. On peut dire que ces deux albums se sont nourris l’un l’autre. Ils sont pourtant tous les deux différents, car je n’ai pas utilisé le même processus d’enregistrement sur Guero et The Information. Pour Guero, j’ai sélectionné quelques breakbeats qui me plaisaient avec les Dust Brothers, et j’ai ajouté tous les instruments autour de ces séquences au moment de l’enregistrement, la basse, les claviers, les guitares, les percussions et les voix. Pour The Information, je me suis servi davantage de mon groupe de scène. On ressent plus cette énergie du groupe sur The Information que sur Guero. Cette fois, tout est live.
Y-a-t-il des invités sur The Information ?
Beaucoup de monde a participé à The Information, principalement des gens de passage. Ma nièce chante le refrain de « Cellphone Dead ». Sur un titre, Nigel Godrich, qui a produit l’album, voulait des chœurs féminins. On a appelé la copine d’un membre du groupe. Elle était au restaurant avec des amies et elles sont venues enregistrer au studio. James Gadson, l’ancien batteur de Bill Withers, est venu jouer sur quelques titres. Les deux derniers jours de l’enregistrement, nous avons tourné une douzaine de clips en rapport avec chaque chanson. Toutes les personnes qui se trouvaient dans le studio à ce moment-là ont participé au tournage. Mon fils apparaît dans la vidéo de « No Complaints » et ma belle-mère a fait les costumes. Spike Jonze a également participé à la première version de l’album.
Quelle a été la nature de sa participation ?
On a eu l’idée d’enregistrer des commentaires audio pour l’album, de la même manière que ce qui se fait couramment pour les DVD. Spike écoutait chaque titre au casque et nous enregistrions ses propos, des choses du genre « J’aime bien cette ligne de basse », ou « la batterie ne colle pas avec ce morceau etc. ». Il donnait ses impressions à chaud et en même temps sa critique de l’album, tout le long du disque. Malheureusement, on s’est rendu compte que ça ne marchait pas sur la durée entière d’un album, mais on a gardé quelques extraits d’une conversation qu’on a placé à la toute fin du disque.
The Information est votre troisième collaboration avec Nigel Godrich après Mutations (1998) et Sea Change (2002). Peut-on parler d’une routine de travail entre vous deux ?
Non, et je crois même que nous avons réinventé notre façon de collaborer pendant l’enregistrement de The Information. On a essayé de faire quelque chose de différent, de prendre un nouveau départ. C’était comme si c’était notre premier enregistrement. Sur Mutations et Sea Change, nous savions d’avance dans quelle direction nous allions nous diriger, quels types de sons de guitares et quel genre de production globale nous voulions. Cette fois, on a éparpillé tout ce qu’on avait sur la table, et c’était à nous de reconstituer le puzzle.
L’album sera disponible avec plusieurs stickers afin que chaque acheteur crée sa propre pochette, et chaque morceau sera accompagné par un clip, comme c’était la cas sur Guero. Sur scène, vous proposez un spectacle de marionnettes. Cherchez-vous à renouveler constamment la manière dont vous délivrez votre musique au public ?
C’est vrai, mais je fais surtout tout ça pour ne pas m’ennuyer. J’essaye de faire quelque chose de différent à chaque fois que je sors quelque chose, car je suis persuadé qu’il n’y a jamais qu’une seule manière de faire les choses. Il existe des millions de manières de faire ce boulot. Ca m’aide aussi à rester en éveil sur un plan créatif.
Croyez-vous à l’imminence de la disparition du format CD ?
Pas forcément. C’est dur à expliquer. J’entends parfois dire que c’est ce qui arrivera dans deux ans. D’autres sont surs que cette situation peut encore durer dix ans. Jusqu’à très récemment, je pensais que les ventes digitales l’avaient emporté sur les ventes de CDs en magasins. Pourtant, aux Etats-Unis, le pourcentage de téléchargement légaux reste encore infime par rapport aux ventes physiques d’albums. Apparemment, les gens continuent à acheter des CDs… En tout cas, ce qui va se passer dans un avenir proche sera très intéressant. J’aimerais déjà y être.
Christophe Geudin
Beck The Information (Geffen/Polydor/Universal)
Master of Puppets
« Pour la tournée Guero, je voulais construire un robot qui jouerait un récital de piano uniquement composé de musiques de jeux vidéo. Malheureusement, on n’a pas réussi à trouver l’argent nécessaire pour monter un tel projet. Mon guitariste, m’a alors suggéré l’idée du spectacle de marionnettes qui joueraient le concert à notre place ». Le samedi 26 août, au festival Rock en Seine, Beck mettait son projet en application. Beaucoup n’oublieront pas l’hilarant interlude proposé au cours du concert : la séquence (filmée et montée l’après-midi du show) voit les marionnettes de Beck et son backing-band visiter Paris avant de saccager prestement les loges de Radiohead, le groupe vedette de la soirée. « Ils n’ont pas été contents du tout » explique Beck. « Je me suis excusé sur scène en expliquant que je ne pouvais pas contrôler ces marionnettes, mais il faut croire que personne n’aime regarder des marionnettes pisser sur ses fringues ».
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