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Solomon Burke

Article paru dans Keyboards Recording n°213

30 août 2007

Solomon Burke

« Feeling intérieur »

Solomon Burke s’intéresse à l’âme de son prochain en tant qu’homme, pasteur et musicien. Le chantre de la soul ressuscite son enfance en se plongeant dans la country. Avec sincérité.

KR : Au préalable, comment doit-on vous appeler ? Révérend ? Docteur ? King Solomon ?
Solomon Burke : Appelez-moi Solomon, rien que Solomon… Ou James Brown si ça vous chante (rires) !

Nashville, votre nouvel album, est uniquement composé de reprises de chansons country. « Just Out of Reach », votre premier hit en 1960, était déjà une chanson country.
« Just Out of Reach », puis « Into Your Arms », « He’ll Have To Go », « Travel On… »… C’est exact. La country colle bien avec mon timbre de voix et ma façon de parler.

Quels sont vos premiers souvenirs de country music ?
J’étais encore enfant, j’avais à peu près cinq ou six ans et je vivais en Pennsylvanie quand j’ai découvert la country. On écoutait le show de Gene Autry et Roy Rogers tous les samedis soirs à la radio. On entendait des histoires incroyables, et je me souviens avoir été particulièrement impressionné par « Back in The Saddle Again ». La diction de Roy Rogers me fascinait. Elle était si personnelle… Il avait l’habitude de saluer les auditeurs à la fin de chaque émission avec un « Happy trails to you », et j’ai passé un temps fou à essayer d’imiter sa prononciation. J’aimais aussi Hank Williams, Johnny Cash, Willie Nelson, Charlie Daniels… Je cavalais vers le soleil couchant avec un balai en guise de cheval. Mon rêve était d’être un cow-boy, mais j’ai finalement choisi d’être un prêcheur, un croque-mort puis un chanteur soul. Grâce à Nashville, je suis à nouveau un cow-boy.

Quels sont les points communs entre la country et la soul music ?
La soul music et la country exercent une drôle d’influence sur les gens. Il suffit d’en écouter pendant deux ou trois jours d’affilée pour être happé. C’est une question de feeling intérieur. Il existe une connexion spirituelle entre la musique et les textes country. Les histoires que racontent ces chansons, et surtout la manière dont on les raconte, sont très importantes pour moi.

De quelle manière avez-vous sélectionné les chansons de Nashville ?
Nous avons dû faire un choix parmi une centaine de titres. J’avais l’impression de suivre les cours de l’université de country music de Nashville (rires) ! Buddy Miller, le producteur de l’album, connaissait une partie des songwriters, dont Dolly Parton, Gillian Welch et Jim Lauderdale. Nous avons resserré la sélection et Buddy a permis aux personnes concernées d’être présentes physiquement lors de la session. Dans Nashville, on trouve aussi une reprise de « Ain’t Got You », un titre écrit par Bruce Springsteen. Bruce n’est pas venu à la session, car il était en tournée avec le Pete Seeger Band. Par contre, son bassiste Gary Tallent a participé à plusieurs morceaux. J’ai un peu déliré avec sa chanson. Le jour de l’enregistrement, nous avions organisé un barbecue géant. Tout le monde riait, buvait et dansait. Je me suis un peu emballé lors de la prise et j’ai modifié son texte original. Je m’excuse d’avance auprès de Bruce et j’espère qu’il ne m’en voudra pas (rires).

L’enregistrement a lieu dans la maison de Buddy Miller, le producteur de Nashville.
Au départ, je pensais qu’on enregistrerait en studio, comme j’en ai pris l’habitude depuis des années. Nous nous sommes finalement retrouvés chez Buddy pendant les huit jours qu’ont duré l’enregistrement. Le premier jour, on a joué sous le porche de la maison. Le lendemain, on effectuait des prises dans son salon, puis dans la cuisine et le couloir où nous avons enregistré « That’s How I Got to Memphis », avec seulement un micro, une guitare et une basse. Une session très intéressante, très pédagogique de mon point de vue. Je pense que je vais uniquement travailler de cette manière désormais.

Dans quel état se trouve la soul music en 2006 ?
J’entends la musique soul dans les cœurs et les âmes de ceux qui la chantent avec sincérité, chez des artistes comme India Arie, par exemple, qui croit en ce qu’elle chante et qui l’exprime de toute son âme. C’est ce qu’il y a de magique avec la soul : on peut être un journaliste soul, un écrivain soul, un acteur soul, un pompiste soul… Tout dépend de ce qu’on y met, car c’est ce qui fait la différence. Ça n’a rien de voir avec votre couleur de peau, et encore moins qui vous êtes ou d’où vous venez. C’est ça, la soul.

Beaucoup d’histoires circulent à votre sujet, comme cette fois où vous avez donné un concert pour le Ku Klux Klan dans les années 60.
On tournait souvent dans le sud des États-Unis à l’époque. Un soir, nous avions pris en engagement dans une charmante petite ville du Mississippi. Une fois sur place, les organisateurs du show nous accueillent à bras ouverts. Je remarque qu’un énorme banquet a été dressé en notre honneur et, fait rarissime, on nous paye d’avance. C’est à partir de ce moment-là que j’aurais dû me méfier (rires) ! Le soir arrive et le groupe monte sur scène. C’était un concert en plein air et la scène se trouvait en bas d’une colline. Au bout de trois ou quatre titres, je remarque des lueurs qui descendent de la colline dans notre direction. Des croix enflammées tenues par des gars du Ku Klux Klan en cagoule (rires) ! Inutile de dire qu’on a vite déguerpi une fois le concert terminé ! J’ai compris plus tard que c’était une habitude du Klan. Ils voulaient des attractions noires pour les divertir pendant leurs soirées privées. J’ai au moins retenu une chose de cette histoire : peu importe pour qui on se produit, il faut tout donner à chaque fois qu’on monte sur scène, car on ne sait jamais si ce concert sera le dernier… J’ai vu des choses incroyables en 51 ans de business. Je me souviens très bien de cette histoire. D’ailleurs, chaque fois que je la raconte, elle s’améliore (rires) !

Christophe Geudin

Solomon Burke Nashville (Snapper/Wagram)
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